Couleurs et nombres du tarot de Marseille : les lire
Le rouge marque ce qui agit, le bleu ce qui reçoit, le jaune ce qui éclaire : la palette du Marseille se lit comme un code.
Publié le 22 septembre 2026
Les couleurs du tarot de Marseille se lisent comme un code court : le rouge marque ce qui agit, le bleu ce qui reçoit, le jaune ce qui éclaire, le vert ce qui dure, la teinte chair ce qui est humain. Les nombres, eux, situent une étape dans une progression — pas une valeur.
Une poignée de couleurs plates, et pas une de plus : d'où vient cette palette
Commençons par le moins mystique, parce que c'est ce qui explique tout le reste. Les jeux marseillais anciens n'étaient pas peints : ils étaient imprimés. Un trait noir gravé sur bois, tiré sur du papier, puis colorié au pochoir — un cache par couleur, passé à la brosse, à la chaîne, dans des ateliers qui produisaient des milliers de jeux.
La fiche du plus ancien tarot marseillais connu, celui de Philippe Vachier, le dit en cinq mots : gravure sur bois, couleurs au pochoir.
Chaque pochoir supplémentaire coûtait un passage, donc du temps et de l'argent. D'où une palette réduite à quatre ou cinq aplats — rouge, bleu, jaune, vert, une teinte chair — auxquels s'ajoutent deux non-couleurs : le noir, qui est le trait imprimé, et le blanc, qui est le papier laissé nu.
Cette contrainte industrielle a produit un effet qu'aucun jeu peint n'obtient : comme il n'y a ni dégradé ni ombre, une teinte posée quelque part est un choix visible. Le manteau est bleu ou il est rouge. Il n'y a pas d'entre-deux, pas de nuance décorative où se réfugier. C'est ce qui rend la lecture par la couleur possible — et c'est pour ça qu'elle ne fonctionne pas de la même façon sur un jeu à scènes, comme nous l'expliquons dans notre comparaison des deux grandes écoles.
Ce que chaque couleur dit, dans la tradition qu'on nous a transmise
Un avertissement franc avant le tableau : ce corpus est une tradition de lecture, transmise par les écoles françaises depuis moins d'un siècle. Aucun document d'atelier ne dit que les cartiers marseillais posaient leurs pochoirs avec ces intentions-là. Les pages qui présentent ces significations comme une science ancienne vous racontent une histoire.
Ce qui est vrai : cette grille est cohérente, elle est partagée par la plupart des tarologues françaises, et elle produit des lectures qui tiennent. Ça suffit largement à s'en servir, à condition de savoir ce qu'on tient.
| Couleur | Ce qu'elle marque | Où la regarder en priorité |
|---|---|---|
| Rouge | l'action, le désir, ce qui pousse vers l'extérieur | les manteaux, les manches, ce qui couvre les bras |
| Bleu | la réceptivité, l'intérieur, ce qui se retient | les robes, les revers, ce qui enveloppe le buste |
| Jaune | la lumière, l'intelligence de la situation | les sols, les fonds, les objets tenus en main |
| Vert | ce qui vit et dure, la croissance lente | les végétaux, les socles, les chaussures |
| Chair | l'être humain lui-même, ce qui est nu et exposé | les visages, les mains, les pieds |
Le noir mérite une ligne à part : dans un jeu marseillais, il n'y a presque jamais de surface noire, seulement des traits. Une carte où le noir devient une masse — la faux du treizième arcane, certains détails de la Maison Dieu — attire l'œil parce que c'est une anomalie de fabrication autant qu'un symbole.
La couleur ne se lit pas seule : elle se lit en proportion
Voilà le point que les listes de significations ne donnent jamais, et c'est celui qui sert vraiment.
Une couleur ne veut rien dire dans l'absolu. Ce qui parle, c'est où elle est posée et combien il y en a. Un personnage au manteau rouge sur une robe bleue ne dit pas la même chose qu'un personnage à la robe rouge sous un manteau bleu : dans le premier cas l'action recouvre l'intériorité, dans le second elle est contenue par elle. Même palette, lecture inverse.
À l'échelle du tirage entier, la proportion parle aussi. Quatre cartes à dominante bleue posées ensemble décrivent une situation qui attend, qui rumine, qui n'agit pas encore — avant même que vous ayez interprété une seule lame. C'est une lecture d'ambiance, elle prend trois secondes, et elle donne le climat dans lequel les significations vont s'inscrire.
Pourquoi votre jeu n'a pas les mêmes couleurs qu'un autre
Le détail qui piège les débutantes. Les couleurs varient d'une édition à l'autre, parfois beaucoup.
Le jeu que la plupart des Français connaissent — celui de Grimaud, dessiné par Paul Marteau — a fixé au XXe siècle une palette qui est devenue la référence par la force de sa diffusion. La restauration menée à la fin des années 1990 par Philippe Camoin et Alejandro Jodorowsky est imprimée en onze couleurs, soit bien plus que ce qu'un atelier du XVIIIe siècle pouvait poser.
Conséquence pratique : si un livre vous dit que telle carte porte du vert à tel endroit et que votre jeu n'en a pas, ce n'est ni vous ni le livre qui vous trompez — c'est que vous ne tenez pas la même édition. Prenez l'habitude de lire les couleurs de votre jeu, pas celles d'un jeu photographié dans un manuel. Cette histoire d'éditions successives, nous l'avons déroulée dans l'histoire du tarot de Marseille.
Les nombres ne servent pas à classer, ils servent à situer
Les chiffres romains des arcanes majeurs ne sont pas des notes. Le XV n'est pas plus fort que le III, et le XXI n'est pas la récompense finale.
Ils décrivent un mouvement en trois temps qui se répète : le début d'un cycle (I à VII), sa mise à l'épreuve (VIII à XIV), son accomplissement ou sa dissolution (XV à XXI). Une carte lue à sa place dans cette progression change de sens : l'arcane VII pris comme aboutissement d'un premier cycle n'a pas la couleur de l'arcane XVII, qui vient après une rupture.
Chez les mineurs, la logique est plus simple : de l'as au dix, on va du germe à l'excès. L'as est le potentiel pur, le cinq marque toujours une tension, le dix est un plein qui déborde. La lecture par le nombre et la famille, plutôt que par un dictionnaire de significations apprises, a été popularisée par Paul Marteau — avant lui, on interprétait les mineurs marseillais avec les correspondances de cartomancie héritées du XVIIIe siècle.
Pairs et impairs : une tradition, pas une loi
Vous lirez souvent que les nombres pairs stabilisent et que les impairs déséquilibrent. C'est une grille cohérente, elle vient de loin, et elle fonctionne assez bien sur les mineurs.
Elle se casse sur les majeurs dès qu'on la prend au sérieux : le X, la Roue de Fortune, est tout sauf stable, et le XIII, impair, est précisément la lame de ce qui tranche pour de bon. Servez-vous-en comme d'une première impression, jamais comme d'une règle qui déciderait à votre place.
Les deux lames qui échappent à la numérotation
Le Mat ne porte aucun numéro. Ce n'est pas un oubli de gravure : la carte ne se range nulle part, ce qui est déjà une information sur ce qu'elle décrit — un passage, quelque chose qui traverse sans s'installer. Certains jeux anciens ont pourtant tenté de le fixer : deux jeux suisses du milieu du XVIIIe siècle lui attribuent un zéro, et le Rider-Waite l'a fait à son tour en 1909.
Le treizième arcane fait l'inverse : il porte son numéro et n'a pas de nom. La tradition dit qu'on évitait d'écrire le mot ; le fait matériel, lui, est simplement que le cartouche est vide. Cette lame s'appelle donc l'arcane sans nom — et une page qui l'intitule « la Mort » vous signale qu'elle décrit un autre jeu que le vôtre.
La carte de synthèse : les nombres qui servent enfin à quelque chose
C'est l'application concrète, celle qui donne envie de retenir les chiffres.
Dans un tirage en croix à quatre cartes, la tradition française ajoute une cinquième lame qui n'est pas tirée mais calculée. On additionne les numéros des quatre cartes, puis on réduit la somme jusqu'à obtenir un nombre inférieur ou égal à 22 — la méthode complète de la croix, grilles et calcul compris, est détaillée à part.
Un exemple, avec des cartes réelles. Vous tirez Le Bateleur (I), La Papesse (II), Le Chariot (VII) et L'Étoile (XVII). Somme : 1 + 2 + 7 + 17 = 27. Vingt-sept dépasse vingt-deux, on réduit : 2 + 7 = 9. La carte de synthèse est L'Hermite. Elle ne s'ajoute pas au tirage, elle le résume — ici, une situation qui demande du retrait et du temps, malgré l'élan du Chariot.
Toutes les tarologues ne pratiquent pas ce calcul, et certaines le refusent en le jugeant arbitraire. L'objection est recevable : rien ne prouve qu'une addition produise du sens. Nous la mentionnons quand même, parce qu'elle est la seule occasion, dans une lecture, où les nombres cessent d'être décoratifs pour produire une carte de plus.
Nombres du tarot et numérologie : ce n'est pas le même travail
La confusion est fréquente et vaut d'être levée. Les nombres du tarot sont internes au jeu : ils qualifient une lame et une seule, et n'ont de valeur que dans la structure des 78 cartes. La numérologie, elle, part de votre date de naissance ou de votre nom et travaille sans support.
Ce sont deux disciplines, deux corpus, deux façons de se tromper. Elles se croisent chez certaines praticiennes, comme se croisent aussi les nombres qu'on remarque dans la journée — c'est le terrain que nous traitons dans les heures miroirs et leur signification. Faire dire à la lame XVII quelque chose sur votre chemin de vie, en revanche, c'est mélanger deux grilles qui n'ont pas la même origine.
Un exercice pour vérifier tout ça vous-même
Prenez cinq arcanes majeurs au hasard et posez-les face visible, sans chercher leur signification. Notez uniquement, pour chacun : la couleur dominante, la couleur du vêtement le plus proche du corps, et la direction du regard. Trois lignes par carte, pas plus.
Relisez vos quinze lignes d'un bloc. Vous verrez apparaître un climat — une majorité de bleus, deux personnages qui se tournent le dos, une seule carte où le rouge domine — et ce climat, vous l'aurez obtenu sans consulter le moindre dictionnaire. C'est exactement le geste qu'une tarologue expérimentée fait en trois secondes avant de commencer à parler.
Refaites-le une fois par jour pendant deux semaines. Si l'envie vous prend ensuite de comparer votre lecture à celle de quelqu'un dont c'est le métier, une tarologue disponible sur UniversVoyance lit en direct, et en visio elle peut poser ses cartes devant la caméra pendant que vous suivez les vôtres. Et si vous hésitez encore sur le jeu à travailler, tarot ou oracle tranche la question en amont.
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