Tarot de Marseille ou Rider-Waite : lequel choisir ?
Les 56 arcanes mineurs sont illustrés chez Rider-Waite, réduits à des motifs dans le Marseille : tout le reste en découle.
Publié le 21 septembre 2026
Les deux jeux comptent 78 cartes et partagent la même ossature : 22 arcanes majeurs, 56 mineurs. Une seule différence décide du reste — chez Rider-Waite, les 56 mineurs sont illustrés par des scènes ; dans le tarot de Marseille, ce sont des motifs répétés. L'un se lit vite, l'autre s'apprend longtemps et se lit plus librement.
Les deux jeux, ligne par ligne
Nous ne vendons pas de cartes. C'est utile de le dire tout de suite, parce que la plupart des pages qui comparent ces deux jeux sont écrites par des gens qui en ont un stock à écouler, et que ça se sent dans la conclusion.
| Tarot de Marseille | Rider-Waite-Smith | |
|---|---|---|
| Arcanes mineurs | motifs répétés, sans scène | 56 scènes illustrées |
| Origine | une famille de jeux gravés en France du XVIIe au XVIIIe siècle | un jeu unique, publié à Londres en 1909 |
| Ce qu'on lit d'abord | la structure : nombre, couleur, direction du regard | l'image : un personnage, un décor, une action |
| Apprentissage | lent au début, autonome ensuite | rapide au début, longtemps adossé au livret |
| Cartes renversées | usage minoritaire dans la tradition française | pratique courante, sens inversés documentés |
| Justice et Force | Justice VIII, Force XI | Force VIII, Justice XI |
Une précision sur la ligne « Origine », parce qu'elle porte plus qu'une date : le Marseille n'a pas d'auteur. C'est un patron d'atelier, recopié de graveur en graveur pendant deux siècles — nous en avons retracé les étapes — là où le Rider-Waite a un éditeur, une année et deux noms.
Le reste — la beauté du dessin, l'attachement qu'on développe pour un jeu, la sensation qu'il « répond » — ne se compare pas dans un tableau. On y revient à la fin.
La vraie différence : des mineurs illustrés, ou pas
Prenez le trois d'épées. Dans un Rider-Waite, vous voyez un cœur transpercé de trois lames sous un ciel de pluie : la carte vous raconte quelque chose avant même que vous ayez ouvert un livre. Dans un Marseille, vous voyez trois épées entrelacées, dessinées en lignes courbes qui forment une amande, avec parfois une fleur dans les vides.
Le premier jeu vous donne une scène à interpréter. Le second vous donne une quantité et une famille, et vous demande de faire le reste : quel nombre, quelle couleur, quelle place dans le tirage, quelles cartes autour. C'est plus austère, et c'est exactement ce qui produit des lectrices autonomes au bout de quelques mois — la différence entre arcanes majeurs et mineurs, et ce qu'on lit dans chacun, tient d'ailleurs à cette même coupure.
Un détail que presque personne ne mentionne : les mineurs illustrés ne sont pas une invention de 1909. Le tarot Sola Busca, gravé vers 1490 et mis en couleur l'année suivante, est le premier jeu connu dont toutes les cartes de couleur portent une image. En 1907, la famille qui le possédait a donné au British Museum les photographies noir et blanc des 78 cartes — deux ans avant que Pamela Colman Smith ne dessine le jeu de Waite, et selon toute vraisemblance sous ses yeux.
Autrement dit : le Rider-Waite n'a pas inventé la scène illustrée, il l'a rendue lisible par tout le monde. Ce n'est pas la même chose, et ça n'enlève rien à sa réussite.
Justice VIII ou Force VIII : le détail qui trahit l'école
Ouvrez les deux jeux à la huitième lame. Dans le Marseille, c'est la Justice ; la Force porte le XI. Dans le Rider-Waite, c'est l'inverse : Force en VIII, Justice en XI. Waite a suivi les correspondances astrologiques de la société initiatique dont Colman Smith et lui étaient membres, qui rattachaient le huitième arcane au Lion et le onzième à la Balance.
Ce détail vaut mieux qu'une anecdote : c'est un test. Une page qui vous explique « la signification de l'arcane VIII » sans préciser de quel jeu elle parle décrit une carte sur deux. Quand vous lirez des interprétations en ligne, la première question à vous poser n'est pas « est-ce bien écrit », c'est « avec quel jeu ».
Ce que le Marseille demande, et ce qu'il rend
Il demande de la patience. Les premières semaines, on a l'impression de regarder un mur : trente-six deniers alignés ne racontent rien.
Puis les outils se mettent en place, et ils sont peu nombreux. Le nombre, qui situe une étape dans une progression. La famille, qui dit le domaine. Les couleurs, dont la palette est volontairement restreinte et se lit comme un code — c'est le sujet de notre article sur les couleurs et les nombres des lames. La direction du regard des personnages, qui dit vers quelle carte voisine la scène penche. Et la place dans le tirage.
Avec ces cinq entrées, vous lisez n'importe quelle carte, y compris celles que vous n'avez jamais révisées. C'est le vrai avantage du Marseille, et il n'apparaît qu'après l'inconfort du début. À noter aussi : la tradition française lit majoritairement à l'endroit, ce qui divise le travail de mémoire par deux — et n'a rien d'un appauvrissement, la nuance venant alors du voisinage des cartes ; le dossier des cartes à l'envers explique ce choix jusque dans ses raisons matérielles.
Ce que le Rider-Waite donne tout de suite
Une scène est un moyen mnémotechnique redoutable. Vous retenez le trois d'épées en une seconde, et vous vous en souvenez dix ans plus tard. Pour quelqu'un qui veut tirer trois cartes ce soir et comprendre quelque chose, c'est imbattable.
Le risque est le miroir de l'avantage. On finit par lire l'illustration au lieu de lire la carte : le décor, la météo, l'expression du personnage — tout ce que l'artiste a ajouté devient de la donnée, alors que ce sont des choix de dessin. Les lectrices expérimentées de ce jeu s'en méfient et reviennent au nombre et à la famille, exactement comme au Marseille.
Second point pratique : l'essentiel de la littérature sur ce jeu est en anglais, et l'essentiel de la littérature sur le Marseille est en français. Si vous n'aimez pas lire en anglais, ça pèse plus lourd dans la décision que n'importe quel argument symbolique.
Vous débutez : notre recommandation, et pourquoi elle ne nous rapporte rien
Deux questions suffisent.
Dans quelle langue allez-vous lire ? Si vous voulez des livres, des cours et des forums en français, le Marseille vous ouvre une bibliothèque entière. Si l'anglais ne vous gêne pas, le Rider-Waite en ouvre une plus grande encore.
Voulez-vous lire des images, ou lire une structure ? C'est une question de tempérament, pas de niveau. Certaines personnes pensent en scènes, d'autres en rapports et en nombres. Aucune des deux ne lit mieux que l'autre.
Notre recommandation, si vous hésitez encore et que vous lisez en français : commencez par les 22 arcanes majeurs d'un Marseille. Vous limitez la mémoire à vingt-deux cartes, vous apprenez d'emblée à lire par la structure, et vous ajoutez les mineurs plus tard si l'envie vient. Beaucoup de tarologues françaises ne travaillent d'ailleurs qu'avec les majeurs, toute leur vie.
Peut-on lire avec les deux ?
Oui, et beaucoup de praticiennes le font — un jeu pour les questions de fond, l'autre pour les questions de terrain.
Une règle tient tout : ne mélangez pas les grilles à l'intérieur d'un même tirage. Si vous tirez au Rider-Waite, la huitième lame est la Force, les cartes renversées ont un sens, l'image compte. Si vous tirez au Marseille, la huitième est la Justice, l'inversion est optionnelle, la structure prime. Changer de convention en cours de lecture, c'est la façon la plus rapide de se raconter ce qu'on a envie d'entendre.
Et le Thoth, les oracles, les jeux d'auteur ?
Le Thoth forme une troisième famille : peint par Frieda Harris entre 1938 et 1943 sous la direction d'Aleister Crowley, publié seulement en 1969, après la mort des deux. Il empile astrologie, alchimie et kabbale sur chaque carte. Magnifique, dense, et franchement mauvais comme premier jeu.
Les oracles, eux, ne sont pas des tarots : leur nombre de cartes et leur structure changent d'un éditeur à l'autre, ce qui les rend plus libres et moins comparables entre eux. Si votre hésitation porte plutôt sur ce terrain, nous l'avons traitée à part dans tarot ou oracle, par où commencer. Quant aux jeux d'auteur inspirés du Rider-Waite, ils en reprennent presque toujours la numérotation et la logique d'illustration : ce que vous apprenez sur l'un sert sur les autres.
Ce que le choix du jeu ne décidera pas
Le jeu ne fait pas la lecture. Une carte lue par quelqu'un qui a posé une bonne question, qui accepte de dire « je ne vois pas » et qui ne vous promet rien, vaut mieux qu'un jeu rare entre des mains pressées. C'est aussi pour ça que nous n'avons aucun intérêt à vous orienter : sur UniversVoyance (Univers Voyance), les tarologues travaillent avec le jeu de leur école, et aucun de nos articles ne vous en vendra un.
Si votre question est brûlante et que l'apprentissage attendra, une tarologue disponible lit en direct par chat, appel audio ou visio — en visio, elle peut vous montrer les cartes qu'elle a devant elle.
Quatre hésitations qui reviennent avant de trancher
Le Rider-Waite est-il plus fiable que le Marseille ?
Non, et la question ne veut pas dire grand-chose. Un jeu de cartes n'a pas de taux de justesse ; ce sont des supports d'interprétation. Ce qui change d'un jeu à l'autre, c'est la quantité d'information dessinée sur la carte, donc la façon dont on l'apprend.
Faut-il acheter les 78 cartes quand on débute ?
Les jeux se vendent complets, vous les aurez de toute façon. Rien ne vous oblige à les utiliser toutes : mettez les mineurs de côté pendant les premiers mois et travaillez les 22 majeurs. Vous les ressortirez quand la lecture des grandes lames sera fluide.
Un tirage généré par une application ou une IA, ça vaut quelque chose ?
Le tirage lui-même n'est qu'un tirage au sort, et le texte qui l'accompagne est une synthèse de ce qui traîne en ligne — souvent des interprétations Rider-Waite plaquées sur des images de Marseille, ce qui donne des contresens. Nous avons détaillé la différence dans voyance par IA ou vrai médium.
Peut-on apprendre le Marseille avec un livre écrit pour le Rider-Waite ?
Pour les 22 majeurs, en partie, à condition de rétablir la numérotation de la Justice et de la Force. Pour les 56 mineurs, non : le livre décrit des scènes que vos cartes n'ont pas.
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