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Synchronicité : la définition de Jung et ce qu'on en fait

La définition exacte de Jung, l'exemple du scarabée qu'il n'a vécu qu'une fois, et ce que le développement personnel en a retiré.

Publié le 5 octobre 2026

La synchronicité désigne, chez Carl Gustav Jung, la rencontre de deux événements — l'un intérieur, l'autre extérieur — qu'aucune cause ne relie, mais dont le rapprochement fait sens pour la personne qui le vit. Ce n'est ni une prédiction ni une preuve. C'est une coïncidence à laquelle quelqu'un reconnaît un sens, et ce sens lui appartient.

Ce que Jung a vraiment nommé

Le mot est de lui, et on a la trace de sa fabrication.

En décembre 1929, devant les participants d'un séminaire privé consacré à l'analyse des rêves, il le dit sans détour : il a inventé le terme de synchronicité pour couvrir « des choses qui arrivent au même moment comme expression d'un même contenu temporel ». Un an plus tôt, dans le même séminaire, il opposait déjà la coïncidence, qu'il présentait comme la base de la pensée orientale, à la causalité, qu'il appelait le préjugé moderne de l'Occident. La première fois qu'il emploie le mot en public, c'est en 1930, dans l'allocution qu'il prononce à la cérémonie funèbre de son ami sinologue Richard Wilhelm.

Il lui faudra ensuite vingt-deux ans pour en faire un texte. La Synchronicité, principe de relations acausales paraît en 1952, dans un volume partagé avec le physicien Wolfgang Pauli, qui y publiait de son côté une étude sur Kepler.

Vingt-deux ans entre l'intuition et la publication : le détail dit quelque chose de la difficulté du sujet, et il devrait rendre prudent quiconque le résume en trois lignes.

Un lien par le sens, jamais par la cause

Voilà la partie que presque tous les articles sur le sujet escamotent.

Jung ne dit pas qu'un événement en provoque un autre à distance. Il dit l'inverse : les deux ne sont reliés par aucune chaîne de causes, et c'est précisément ce qui rend le rapprochement remarquable. Le lien est ailleurs — dans le sens que la personne leur trouve, au moment où elle les trouve.

La conséquence est sévère pour l'usage courant du mot. Dire « c'est une synchronicité, donc c'est un message » est un contresens : la définition exclut par construction l'idée d'un émetteur. Une synchronicité, chez Jung, n'a pas d'expéditeur. Elle a un destinataire, et c'est tout.

Le scarabée, et l'aveu qui va avec

L'exemple qui a fait le tour du monde tient en quelques lignes. Une patiente raconte un rêve où on lui offre un scarabée d'or. Pendant qu'elle parle, Jung entend cogner à la fenêtre fermée derrière lui ; il l'ouvre, attrape l'insecte, et le tend à sa patiente : une cétoine dorée, l'équivalent le plus proche d'un scarabée d'or sous nos latitudes. Selon lui, la scène a fait céder d'un coup le rationalisme défensif qui bloquait la cure.

Ce qu'on ne cite jamais, c'est la phrase suivante. Jung précise qu'un tel cas ne s'est jamais reproduit pour lui, ni avant ni après, et que le rêve de cette patiente est resté unique dans son expérience.

Une fois. En un demi-siècle de pratique. L'homme qui a inventé le mot rapporte un événement de cette force une seule fois dans sa vie professionnelle — et les pages qui vous promettent de « décoder vos synchronicités quotidiennes » vendent quelque chose que leur propre référence n'a pas connu.

Coïncidence ou synchronicité : trois questions qui trient

Aucune de ces questions ne prouve rien. Elles servent à savoir si un événement mérite dix minutes de votre attention ou s'il n'en mérite aucune.

Est-ce que le rapprochement porte sur quelque chose qui vous occupait déjà ? Une coïncidence sans objet reste une coïncidence. La synchronicité, telle que Jung la décrit, se produit toujours autour d'un point vif : une décision en suspens, un deuil, un blocage dans une cure.

Est-ce que vous auriez remarqué la même chose la semaine dernière ? Si la réponse est non, ce n'est pas le monde qui a changé, c'est votre attention. Ce n'est pas disqualifiant — mais ça change ce que vous avez le droit d'en conclure.

Est-ce que le sens vous vient avant l'événement ou après ? La mémoire fabrique des correspondances avec une facilité déconcertante. Un événement noté par écrit avant son interprétation vaut cent fois un souvenir reconstruit le soir.

Ce que le développement personnel a gardé, et ce qu'il a laissé tomber

C'est la partie honteuse de l'histoire du mot, et personne ne l'écrit.

La notion jungienne a été reprise par le développement personnel et par la littérature du paranormal, qui n'en ont conservé qu'une moitié : la coïncidence qui fait sens. L'autre moitié — l'origine psychique du phénomène, ce que Jung reliait aux archétypes et à l'inconscient — a été abandonnée en route.

Le résultat est un mot vidé de son moteur. Chez Jung, la synchronicité renvoie l'observateur à lui-même : ce qu'il remarque, il le remarque parce que quelque chose en lui est déjà en mouvement. Dans sa version populaire, elle renvoie à l'extérieur : l'univers vous parle, il vous envoie des signes, il vous confirme que vous êtes sur la bonne voie.

Le renversement n'est pas anodin. La première version vous rend responsable de votre lecture. La seconde vous déresponsabilise, et elle se vend beaucoup mieux.

La synchronicité est-elle démontrée ?

Non, et ce n'est pas un sceptique qui le dit en premier.

Dans le texte que l'association internationale des analystes jungiens consacre à la notion, on lit que malgré sa portée théorique, ce sont des observations cliniques anecdotiques qui servent d'exemples descriptifs principaux dans l'écriture de Jung. Autrement dit : la maison mère reconnaît que le socle empirique est constitué de cas rapportés, pas de mesures.

La critique statistique, elle, tient en une phrase et elle est solide : un événement improbable est improbable, mais il existe tant d'événements improbables possibles qu'il serait extraordinaire qu'aucun ne se produise jamais. Le physicien Richard Feynman racontait avoir eu le pressentiment de la mort de sa grand-mère à l'instant où le téléphone sonnait — c'étaient ses parents, et la grand-mère allait très bien. Il ajoutait la seule question qui compte : qui tient le compte des pressentiments qui ne se réalisent pas ?

Nous publions ça sur un site de voyance, en toute conscience. Une notion qui ne survit qu'en cachant l'état de ses preuves ne mérite pas qu'on la défende, et ce que la recherche a réellement mesuré à propos de la voyance se dit avec la même franchise.

Les formes qui reviennent le plus souvent

Trois familles occupent presque tout le terrain, et la première écrase les deux autres.

Les nombres qui se répètent — heures doubles sur un écran, numéros de rue, montants de tickets — arrivent largement en tête des situations qu'on nous décrit. C'est le domaine des heures miroirs, dont nous avons publié la signification des vingt-quatre ; c'est aussi le terrain où la mécanique d'attention explique le plus de choses, et le calcul de ce que le hasard produit à lui seul mérite d'être lu avant toute interprétation.

Les rencontres viennent ensuite : croiser la personne à laquelle on pensait, tomber sur l'ancien collègue le jour où l'on hésite à changer de poste. Le mot juste et la phrase entendue au bon moment ferment la marche — un titre de livre, une réplique de film, un panneau.

Aucune de ces trois formes n'a de statut particulier. La différence entre elles tient au nombre d'occasions : votre téléphone affiche l'heure quarante fois par jour, il ne vous fait pas croiser quarante personnes.

Accueillir une coïncidence sans la forcer

  1. Notez l'événement et la date, avant d'y chercher un sens.
  2. Écrivez la question qui vous occupait à ce moment précis.
  3. Attendez deux jours avant d'en tirer quoi que ce soit.
  4. Relisez : le sens tient-il encore, ou s'est-il dissous ?
  5. Si vous décidez d'agir, décidez sur la question, pas sur la coïncidence.

Le cinquième point est le seul qui protège vraiment. Une coïncidence peut vous rappeler qu'une décision attend ; elle ne contient aucune information sur ce qu'il faut décider. Confondre les deux, c'est confier sa vie à un tirage — et c'est exactement ce que nous refusons de vous vendre, sur UniversVoyance comme ailleurs. La question de savoir ce qui, dans un avenir, se lit et ce qui se choisit, nous y avons répondu sans détour.

Le mot est à la mode : quatre mises au point

Une synchronicité est-elle un message de l'univers ?

Pas dans la définition de Jung, qui exclut toute cause reliant les deux événements — donc tout émetteur. Ce que vous en faites vous regarde — notre grille pour reconnaître un signe sert exactement à ça — ; ce que le mot désigne, lui, ne suppose personne à l'autre bout.

Peut-on provoquer des synchronicités ?

Non, mais on peut en remarquer davantage, ce qui n'est pas la même chose. Une attention aiguisée augmente le nombre de rapprochements que vous verrez, pas le nombre de rapprochements qui existent.

Quelle différence avec l'intuition ?

L'intuition traite des signaux réels que vous avez perçus sans vous en apercevoir. La synchronicité met en rapport deux faits distincts dont l'un vous est extérieur. La première est une compétence, la seconde une lecture.

Faut-il en parler à quelqu'un ?

Si la coïncidence tourne en boucle et vous empêche de trancher, oui — et pas forcément à une praticienne. Une consultation avec quelqu'un qui écoute peut aider à formuler la question qui se cache derrière ; un médecin traitant est le bon interlocuteur quand ces pensées empêchent de dormir.

Reste une chose que Jung n'a jamais niée et que nous ne nierons pas non plus : ces rapprochements marquent. Une notion mal fondée peut désigner une expérience réelle. C'est ce qui rend le sujet passionnant, et c'est aussi ce qui oblige à en parler proprement.

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